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Jésus-Christ. Devant ce nom, qui est à la fois celui d’un homme et celui de Dieu manifesté en chair, ce nom, le seul qui ait été donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés, ce nom à l’ouïe duquel tout genou se ploie, dans le ciel et sur la terre, devant ce nom, la raison s’humilie dans le sentiment profond de son impuissance, et la foi, posant son doigt divin sur nos lèvres, nous invite à adorer en silence ces choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, qui ne sont point montées au cœur de l’homme, et dans lesquelles les anges eux-mêmes désirent de regarder jusqu’au fond.
La nature de Christ et les caractères de sa mission, sa présence et son œuvre, son apparition dans l’histoire et son rôle en dehors du temps, tout est pour la pensée une source de questions pleines d’intérêt sans doute, mais aussi pleines d’obscurité. Comment concevoir et définir la personnalité du Fils, ses rapports avec le Père et le Saint-Esprit, l’union de la divinité et de l’humanité dans sa personne, son œuvre de roi, de sacrificateur et de prophète, son origine, sa naissance, sa vie, sa mort, sa résurrection, son action dans l’Église et auprès du Père, son second avènement, son règne futur.
Que peuvent dire et la physiologie et la psychologie pour expliquer son corps et son âme ? — Ce corps formé tout à la fois et par l’influence du Saint-Esprit et dans le sein de la chair, cette âme douée de toutes les facultés, accessible à toutes les émotions humaines, et empreinte de toutes les perfections, de toute la majesté divine, — ce corps qui, en forme de chair de péché, naît débile, croît, se développe, ressent la fatigue et la souffrance, subit la mort, mais ne peut être retenu par elle, sort du sépulcre, encore susceptible d’accomplir les fonctions animales, et pourtant échappe aux lois de la matière, et s’élève d’une manière visible vers ce royaume où la chair et le sang ne peuvent entrer. — Cette âme qui, elle aussi, se développe, croit en sagesse, souffre, se réjouit, s’attache, ressent la tentation, s’abat dans la tristesse, puis se relève triomphante au milieu de toutes les faiblesses, pure de toute souillure, et ferme, sereine, sainte, radieuse, révèle au monde l’idéal d’une grandeur humaine qui se confond avec la grandeur même de Dieu ? — Tous ces problèmes peuvent à peine être indiqués ici. Nous ne saurions songer, nous ne disons pas à les résoudre, la science de l’homme n’y suffirait pas, mais même à les examiner dans leurs détails. Ils sont d’ailleurs du ressort de la dogmatique, de la psychologie et de la philosophie, et ne sauraient être abordés dans ce travail.
Nous n’avons pas davantage la prétention d’écrire une biographie de Jésus. Pour des motifs de convenance, plusieurs auteurs ont cru bien faire que de supprimer l’article entier ; une telle vie est trop haute, disent-ils, et trop riche, pour qu’une plume purement humaine réussisse à en tracer un tableau satisfaisant. La main des évangélistes, guidée par l’esprit même de Christ, a pu seule se charger de ce soin. Nous comprenons ce scrupule, mais sans le partager entièrement, et ce qui nous arrête, c’est moins cette pensée, que la considération même de l’étendue du sujet, et les développements considérables qu’il exige pour être traité d’une manière convenable. Tout l’Évangile, d’ailleurs, se résume en Jésus. En lui se résume aussi l’histoire de ceux qui l’ont vu, annoncé, accompagné et prêché. Sa vie se rattache à une foule d’hommes et de faits qui trouvent déjà leur place ailleurs, et qui, se reproduisant ici, feraient nécessairement double emploi.
Nous nous bornons donc à donner quelques explications sur les points suivants :
1. Le nom de Jésus signifie Sauveur ; le nom de Christ signifie oint : ce sont à la fois des noms propres et des noms d’attributs. Le dernier est la traduction grecque de l’hébreu Messie ou Mashiach. Jésus s’appelle encore Emmanuel, le dernier Adam, Scilo, David (Os 3.5 ; Jr 30.9), germe (Jr 23.5 ; Za 3.8), Micaël (Dn 12.1), roi, prophète, avocat, Nazarien, roi des rois, pâque, défenseur, souverain sacrificateur, etc. La Concordance de M. Mackenzie, pages 734 et suivantes, compte près de deux cents noms et titres donnés à Jésus, dans l’Écriture.
2. La venue de Jésus est supposée d’un bout à l’autre de l’Ancien Testament, depuis l’instant de la chute (Gn 3.15). Les cérémonies du culte lévitique, le mosaïsme tout entier, le sacerdoce et les prophètes l’annoncent et lui rendent d’avance témoignage. Jésus a mis le sceau à leurs visions (Dn 9.24). Les types et les prophéties messianiques abondent. Il faut se tenir en garde toutefois contre l’imagination qui pourrait en faire voir partout. Girard des Bergeries a peut-être exagéré les types, Hengstenberg, Christologie a été préoccupé outre mesure de son sujet et a multiplié le nombre des oracles relatifs au Messie. Ces deux ouvrages n’en ont pas moins une grande valeur, et méritent d’être étudiés. Les faits principaux de la vie de Jésus sont annoncés clairement : l’époque de sa naissance (Dn 9.25), le lieu (Mi 5.2), sa naissance d’une vierge (Es 7.14), son nom, ibid. (Es 7.14), son surnom (Nazarien, rejeton) (Es 11.1), son retour d’Égypte (Os 11.1), le massacre des innocents (Jr 31.15), l’œuvre du précurseur (Es 40.3 ; Ml 3.1 ; 4.5), la mission de Christ (Es 53), son entrée dans Jérusalem (Za 9.9), son humiliation, ses souffrances, sa mort expiatoire, le prix auquel il serait livré, les méchants qui seraient mis à mort avec lui, sa glorieuse sépulture, sa résurrection (Ps 22 ; Es 52.13-53.12 ; Za 11.13 ; Jr 18.1 et suivants), l’Église enfin qui naîtrait de son travail, de sa doctrine, et de son sang (Za 6.12, etc.). Il est beaucoup d’autres prophéties immédiatement et exclusivement applicables à Christ ; nous avons indiqué les principales. On peut voir encore (Ag 2.6-9 ; Za 12.10 ; Dn 2.44 ; 7.13 ; Ps 2 ; 45 ; 102 ; 110, etc.).
3. L’année de la naissance de Jésus ne peut pas être déterminée d’une manière exacte ; mais ce qui paraît prouvé, et assez généralement admis, c’est qu’elle est de quelques années antérieure à l’an 1 de l’ère chrétienne. On voit, en effet (Mt 2.1-6), que Jésus est né du vivant d’Hérode le Grand, mais peu de temps avant sa mort. Or Hérode mourut l’an 750 de Rome, un peu avant Pâque (Josèphe, Antiquités juives 17, 8, 1-14, 14, 5-17, 9, 3). Si, de cette date, nous défalquons les jours de la purification, le temps de la visite des mages, le voyage en Égypte, le séjour dans ce pays jusqu’au moment de la mort d’Hérode (et six mois ne seront pas un chiffre exagéré), il en résulte que le Christ est né au plus tôt dans l’automne de l’an 749 de Rome, quatre ans avant notre ère.
— Une seconde donnée historique nous apprend (Lc 3.1, 2) que Jean-Baptiste commença son ministère en la 15e année de Tibère ; Jésus au moment de son baptême avait trente ans (Lc 3.23). L’un et l’autre étaient sans doute entrés en fonctions au même âge, conformément à l’usage lévitique (Nb 4.3, 35 et suivants). Si nous reculons de trente ans en arrière, nous arriverons à connaître l’année de la naissance des deux cousins. Auguste était mort le 29 août 767 ; il fut immédiatement remplacé par Tibère, qui était déjà son associé sur le trône depuis deux ou trois ans. Ces années de co-régence comptent habituellement dans la vie des rois : Tibère serait donc monté sur le trône en 765 ou même en 764 ; sa 15e année tomberait sur l’an 773, d’où il suivrait que Jean, né 30 ans auparavant, serait né en 748, et notre Seigneur en 749.— Si cependant on ne date les années du règne de Tibère que depuis la mort d’Auguste, la naissance du Seigneur tombe sur l’an 752, résultat sensiblement différent de celui que donne Matthieu.
— On trouve un troisième indice, mais également sujet à incertitude, dans Jean (Jn 2.20) : « On a été quarante-six ans à bâtir ce temple. » Josèphe dit qu’Hérode a commencé la restauration de cet édifice la 18e année de son règne, mais ailleurs il nomme la 15e (Josèphe, Antiquités juives 15, 11.1 ; Josèphe, Guerre des Juifs 1, 21.1), comme il donne aussi tantôt trente-sept, tantôt trente-quatre ans au règne de ce monarque, suivant qu’il le fait commencer à la mort d’Antigone, ou à sa confirmation par les Romains. Ce n’est qu’en 714 qu’il fut proclamé roi ; la 18e année de son règne tomberait donc sur l’an 732, et la première Pâque de notre Sauveur, dans la 47e année du temple restauré, sur l’an 779. Jésus avait alors 30 ans et quelques mois, et sa naissance remonterait à l’automne 748. — Notons enfin une tradition conservée par les pères latins (Tertullien, Lactance, Augustin), portant que la mort de notre Seigneur eut lieu sous le consulat de Rubellius et de Fufius, c’est-à-dire l’an de Rome 782. Si, comme on le suppose ordinairement, la vie de Jésus a été de trente-trois ans et demi, sa naissance tomberait encore sur l’an 748 ; mais c’est une question à part.
— Quelques écrivains modernes se fondant sur Matthieu (Mt 2.16) et prolongeant le séjour d’Égypte, pensent que Jésus avait déjà deux ou trois ans à la mort d’Hérode, et le font naître par conséquent déjà en 747 Münter, etc. C’est la même année que fixent également ceux qui, avec Keppler el Ideler, voient dans l’étoile des mages la conjonction de Jupiter et de Saturne qui eut lieu cette année-là. — Il résulte de ce qui précède que Jésus a dû naître quatre à cinq ans au moins avant l’ère vulgaire, et qu’il a pu naître quelques années plus tôt encore. L’ère vulgaire a été fixée au VIe siècle, par l’abbé Denys (Dionysius) Exiguus qui lui a donné son nom ; elle a été employée par Bède le Vénérable (première partie du VIIIe siècle) dans ses ouvrages historiques, et bientôt après dans des actes publics, par les rois francs Pépin et Charlemagne.
— L’époque de l’année en laquelle Jésus naquit est plus difficile encore à déterminer. Ce qu’il y a de sûr, c’est que ce ne fut pas en hiver, puisque les bergers gardaient les brebis dans les champs. Selon Lardner, ce serait entre la mi-août et la mi-novembre, selon l’archevêque Newcome qui prend la moyenne, ce serait le 1er octobre, Winer donne une marge plus grande, et n’exclut que la saison froide. En fait, il n’y a aucune donnée positive ; le 25 décembre commença à prévaloir au IVe siècle, comme jour de la nativité, et si l’on en croit Léon le Grand, qui mourut en 461, il y avait bon nombre de gens à Rome qui célébraient ce jour bien moins à cause de la naissance du Sauveur qu’en l’honneur du soleil renaissant (Léon le Grand, Sermons XXI, chapitre 6).
4. Les généalogies. Matthieu (Mt 1.1-16) et Luc (Lc 3.23-38) donnent l’un et l’autre la généalogie de Jésus ; l’un, écrivant pour les Juifs, prend Abraham pour point de départ ; le second, écrivant pour les nations, remonte jusqu’au chef de l’humanité, Adam, et jusqu’à Dieu. Matthieu divise ses générations en trois groupes de quatorze membres chacun. Le premier groupe, période de la promesse, va d’Abraham à David ; il y manque plusieurs anneaux, notamment entre Salmon et Jessé.
— David, qui est le dernier terme de la première division, compte aussi comme le premier de la seconde ; il est deux fois compris dans les quatorze ; cette seconde période, celle des types rois, s’étend jusqu’aux jours de la déportation ; au verset 8 (Mt 1.8) entre Joram et Hozias, il manque trois anneaux, Achazia, Joas, Amatsia ; au verset 11 (Mt 1.11), les meilleures autorités portent simplement : « Et Josias engendra Jéchonias, etc. », en omettant la mention de Jakim, qui n’est qu’une glose, mais la glose bien naturelle d’un copiste qui avait remarqué une lacune, et qui voulait la combler ; seulement elle a été maladroitement comblée. Historiquement, Josias engendra Jéhojakim et ses frères ; Jéhojakim n’engendra que Jéchonias, et peut-être un Sédécias mort bientôt (2R 23.34 ; 2Ch 36, 4 ; 1Ch 3.15, 16). Les frères de Jéhojakim sont donc les oncles de Jéchonias, et le verset 11 (Mt 1.11) doit se traduire, quant au sens du moins : « Josias engendra (fut le père ou grand-père de) Jéchonias, et ses oncles ». Il manque donc à cette division quatre noms au moins, et au lieu de quatorze on en devrait compter dix-huit, ce qui a fait supposer à quelques commentateurs que le verset 17 (Mt 1.17) n’était qu’une note qu’un copiste aurait plus tard fait passer dans le texte ; mais l’accord des manuscrits s’y oppose. Il est plus probable que ces quatre noms étaient habituellement omis dans les tables généalogiques, sans qu’il y ait pour cela de motif à nous appréciable (on peut voir une omission semblable dans la généalogie d’Esdras, Esd 7.1-5 ; 1Ch 6.3-15).
Dans le troisième groupe (abolition de la royauté et des types rois), Salathiel est noté comme père de Zorobabel (Matthieu et Luc), tandis que (1Ch 3.19) Zorobabel était fils de Pédaja, son frère ; il faut donc supposer, avec Hug (Hug, II, 269) que Zorobabel était le fils aîné de Pédaja et de la veuve de Salathiel, qui était mort sans enfants, et que pour cela il fut inscrit sur les registres de Salathiel, conformément à la loi du lévirat (Dt 25.6). Au verset 13 (Mt 1.13), Abiud, et (Lc 3, Lc 3.27) Résa, sont nommés comme fils de Zorobabel ; leurs noms ne se trouvent pas (1Ch 3.19), mais cela n’a guère d’importance. Enfin, verset 16 (Mt 1.16), nous voyons en quelque sorte l’esprit de cette généalogie ; elle est légale : Jésus descend de David légalement, par Joseph, le mari de Marie. La formule « engendra » disparaît entre Joseph et Jésus ; après avoir suivi la filiation officielle de Joseph, Matthieu constate que, si Jésus appartient à la famille de Joseph, il ne lui appartient que légalement, civilement, et non selon la chair. Jésus était l’héritier naturel, légitime, de Joseph, puisque Joseph, qui avait d’abord voulu renvoyer Marie, l’avait, sur l’ordre de Dieu, épousée avant la naissance de Jésus, verset 18 (Mt 1.18) ; ses droits au trône de David passaient ainsi à celui qui légalement était son fils aîné ; en même temps il doit rester établi pour les lecteurs que Joseph n’était point le père de Jésus, mais seulement le mari de sa mère.
En comparant les deux généalogies, nous trouvons dans chacune une partie qui commence à David et se termine à Salathiel, mais par deux filiations différentes :
Généalogies de Jésus-Christ comparées.
Ainsi, Matthieu désigne Salathiel comme fils ou descendant de Jéchonias et de Salomon, tandis que Luc le désigne comme fils de Néri et de Nathan. L’hypothèse de Paulus qui, pour écarter la difficulté, suppose deux Salathiel, est trop hardie. On peut voir ailleurs l’explication que nous avons donnée de cette espèce de divergence ; Salathiel est fils d’Assir, de fait et de droit, et petit-fils de Néri selon la chair, de Jéchonias selon la loi, voir Salathiel.
On est assez généralement d’accord à supposer, quoique rien ne le dise positivement, que Luc a donné la généalogie de Marie ; les rapports de Joseph à Héli, verset 23 (Lc 3.23), seraient ceux de gendre à beau-père, relation légale d’ascendance et de descendance, que le texte ne contredit point, puisque les relations de parenté ne sont indiquées que par la juxtaposition des noms dont l’un régit l’autre, sans indication du degré ; le génitif peut sous-entendre père, fils, etc. ; le texte porte littéralement : « Fils, comme on l’estimait, de Joseph d’Héli », ces deux noms n’étant point unis par le mot fils. Il serait étonnant, d’ailleurs, que la descendance directe de Joseph fut indiquée dans la branche de Nathan, lorsqu’on pouvait le rattacher directement à la branche beaucoup plus glorieuse de Salomon. S’il s’agissait, en effet, de la généalogie de Marie, fille d’Héli, Luc l’aurait donnée pour établir que Jésus descendait de David, non seulement selon la loi, mais aussi selon la chair. Marie était réellement de la famille royale, ce qui nous paraît ressortir (Lc 1.27), « qui était de la maison de David », se rapporte à « une vierge » (Lc 2.5) où l’enregistrement de Joseph et de Marie dans le même endroit suppose une même origine et une proche parenté (Rm 1.3 ; Hé 7.14), où Jésus est appelé fils de David selon la chair (Origène, Contre Celse et S. Basnage, Ann. 1, 88). — Ceux qui pensent que Luc donne, comme Matthieu, la filiation de Joseph, font d’Héli et de Jacob deux frères, dont l’un serait mort sans enfants ; Joseph, le fils aîné du survivant, serait légalement attribué au défunt. — Sur l’ensemble de cet article, dont nous n’avons pu qu’effleurer les difficultés, voir les commentaires, et spécialement en anglais Robinson.
5. Parents de Jésus.
a. Marie, sœur de la mère de Jésus (Jn 19.25), femme de Cléopas ou Alphée.
b. Élisabeth, cousine de Marie (Lc 1.36).
c. Jacques, Joses, Simon et Judas, frères de Jésus (Jn 7.3, 5, 10 ; 1Co 9.5 ; Mt 12.46 ; 13.55 ; Mc 3.32 ; Lc 8.19 ; Jn 2.12 ; Ac 1.14). On a voulu donner au mot adelfoi le sens de cousins, pour concilier ces nombreux passages avec la soi-disant virginité perpétuelle de Marie ; ce sens est possible, mais il est forcé : on ne comprend pas, en effet, l’affectation avec laquelle les évangélistes emploieraient continuellement le mot frères dans un sens qui n’est pas ordinaire, pour éviter le mot propre, qui ne se prête à aucune équivoque. Plus la chose était importante, plus il importait aussi de la dire de manière à éviter tout malentendu. Les apôtres ont employé une expression qui laisse des doutes sur le degré de cette parenté, et il en résulte au moins ceci, qu’ils n’attachaient aucune importance au fait, en effet bien indifférent, de la virginité de Marie. Mais si, à cette régulière répétition du même mot, qui finit par signifier quelque chose, qui n’est plus un accident, mais une intention, nous ajoutons le nom de premier-né donné à Jésus (Mt 1.25) dans un passage où il est parlé des relations de Joseph et de Marie, cf. aussi verset 18 (Mt 1.18), avant qu’ils fussent ensemble ; on doit convenir que la probabilité prend un caractère plus déterminé, plus positif. Le fait que ces frères et sœurs sont constamment avec la mère de Jésus, est également caractéristique : ce cortège s’explique s’il s’agit d’enfants, il ne s’explique pas s’il s’agit de neveux et de nièces. On l’a si bien compris, que plusieurs auteurs ont fini par reconnaître qu’il s’agissait là des frères de Jésus, mais frères selon la loi, fils de Joseph, et non de Marie. Cette explication lève quelques difficultés, mais elle en laisse subsister d’autres, notamment (Mt 1.18, 25). Le passage (Jn 19.26), qu’on a parfois invoqué pour prouver que Marie n’avait pas d’enfants, prouve seulement que Jean était plus digne de recueillir la vieillesse de Marie, alors presque sexagénaire, que des frères qui n’avaient pas cru en lui, et qui même une fois avaient voulu faire arrêter Jésus comme aliéné (Mc 3.21) ; il paraît qu’ils furent convertis par la résurrection du Seigneur (Ac 1.14) et que ce fait merveilleux les décida de se joindre à l’Église. Les sœurs de Jésus sont mentionnées (Mt 13.56 ; Mc 6.3).
d. La tradition fait de Salomé, femme de Zébédée, la sœur de Joseph, père de Jésus ; mais le Nouveau Testament se tait sur cette parenté.
6. Jésus fut élevé à Nazareth, et l’on conclut (Jn 7.15) qu’il ne fréquenta pas l’école publique (rabbinique) de la ville. Il apprit l’état de son père, suivant l’usage de ce temps, et l’on croit qu’il continua, même pendant sa carrière évangélique, d’y chercher, comme les rabbins, une partie de sa subsistance. Une variante assez recommandable de Marc (Mc 6.3) appuierait cette opinion. Ses amis et disciples pourvoyaient du reste à tout ce qui pouvait lui manquer (Lc 8.3 ; Mc 15.41) et dans ses voyages il trouvait une hospitalité distinguée, et des soins qu’il devait aux mœurs de l’Orient, et à la notoriété de ses miracles (Jn 4.45 ; 12.2). Le collège apostolique avait un petit fonds commun, destiné aux besoins les plus urgents (Mt 14.17 ; Lc 9.13 ; Jn 12.6 ; 13.29). Si Jésus n’était pas riche (Lc 2.24 ; Mt 8.20 ; 2Co 8.9 ; Lv 12.8), on ne saurait non plus se le représenter comme pauvre et misérable (Jn 19.23). Ce serait même contraire à l’analogie de la foi (Ps 37.25).
On a fait de nombreuses tentatives pour réunir en une seule biographie tous les détails que les Évangélistes donnent sur la vie de Jésus, mais ces Harmonies ont l’inconvénient d’être fort arbitraires, car il n’y a pas de fil directeur pour guider dans un travail de ce genre. Les Évangiles sont de simples recueils de faits, qui ne tiennent que peu ou point compte de l’ordre chronologique. Il en résulte que tous les essais qui ont été faits dans ce sens, et celui de Calvin est certainement le plus remarquable, ne peuvent être considérés que comme des présomptions. L’Évangile de Jean donne seul quelques dates, mais peu de faits ; et c’est à ces dates qu’il faut rattacher les faits racontés dans les synoptiques.
Jésus demeurait habituellement à Capernaüm ; il fit son premier miracle à Cana. De là, par Nazareth et Capernaüm, il va célébrer à Jérusalem sa première Pâque (Jn 2.13). C’est après cela qu’il appelle ses apôtres sur les rives du lac de Génésareth (Lc 5) ; il visite Gadara et retourne à Capernaüm ; appel de Lévi ; fille de Jaïrus ; sermon sur la montagne ; serviteur du centenier ; envoi des douze apôtres ; retour à Jérusalem par Béthanie. Seconde ou troisième Pâque. Lavoir de Béthesda, retour à Capernaüm, multiplication des pains ; voyage à Tyr et Sidon (Mt 15) ; à Jérusalem par la Pérée ; retour en Galilée ; voyage à Césarée de Philippe, et peut-être au mont Hermon où eut lieu la transfiguration (et non sur le Tabor ?) (Mt 16 ; Mt 17 ; Mc 9 ; Lc 9) ; retour à Capernaüm, en Pérée, à Béthanie (Lc 9 ; Lc 10 ; Mt 19) ; il passe le Jourdain et revient à Béthanie (Jn 10 ; Jn 11) ; en Éphraïm, à Béthel et Bethsan ; à Jérico (Lc 19) ; entrée à Jérusalem ; dernière Pâque. — Celui qui voudra se donner la peine d’essayer pour son compte une harmonie des quatre Évangiles, en comprendra tout ensemble les difficultés et l’utilité. L’esquisse que nous en donnons fera comprendre l’une, le travail seul fera comprendre l’autre. On trouvera un plan approximatif des voyages de Jésus, dans Weiland et Ackermann, Bibel-Atlas ; c’est une carte qui manque au Bagster, Scripture-Atlas.
La liste complète des miracles, et celle des paraboles du Sauveur, se trouve dans Bickersteth, Considérations sur l’Écriture sainte, pages 98 et 108.
7. La durée de son ministère ne peut être déterminée d’une manière exacte et sûre. On trouverait les éléments de cette recherche dans le nombre des Pâques que Jésus a célébrées, mais les trois premiers évangélistes ne mentionnent que la dernière, et Jean qui parle de cinq fêtes juives que Jésus aurait faites à Jérusalem, outre une Pâque qu’il a passée en Galilée, ne les détermine pas assez nettement pour qu’on en puisse rien conclure à coup sûr.
Trois Pâques au moins sont cependant indiquées : la première (Jn 2.13), peu après le baptême de Jésus, ainsi presque au commencement de son ministère ; la seconde (Jn 6.4), Jésus est en Galilée ; la troisième et dans tous les cas la dernière (Jn 12 ; Jn 13). Le ministère de Jésus aurait ainsi duré un peu plus de deux ans. Mais si la fête des Juifs (Jn 5.1) doit être entendue de la Pâque, ce serait une année de plus qu’il faudrait ajouter à la durée de sa carrière publique. Sans entrer dans des détails qui sont du ressort des commentaires, on peut dire que le mot fête, même sans article, désigne souvent la Pâque (Mt 27.15 ; Mc 15.6 ; Lc 23.17 ; Jn 18.39), que Jean, qui a l’habitude de mesurer le temps par les fêtes, n’a pas voulu dire simplement qu’il y avait une fête, mais la fête, ce qui semble se rapporter plus spécialement à la Pâque ; qu’il ne peut guère être question ici, ni de la fête de Pentecôte, ni de celle des Tabernacles, ni de celle de Purim, quoique ce soit l’opinion de Keppler, proposée pour la première fois en 1615, et adoptée aujourd’hui par Hug, Neander, Olshausen, Tholuck, Meyer, Wieseler ; que la plupart des auteurs anciens et modernes se prononcent pour la Pâque ; ainsi Irénée : « Et posthac iterum secunda vice adscendit (Jésus) in diem Paschæ in Hierusalem, quando paralyticum, qui juxta natatoriam jacebat xxxviii annos, curavit, etc. » ; c’est l’opinion d’Eusèbe et de Théodoret, de Luther, Scaliger, Grotius, Lightfoot, Leclerc, Lampe, Hengstenberg, Greswell, etc. Cyrille et Chrysostome, Érasme, Calvin, Bèze et Bengel, pensent qu’il s’agit de la Pentecôte. Lucke et De Wette laissent la question indécise.
On voit que les limites de la vie publique de Jésus sont entre deux ans et demi et trois ans et demi. D’après ce que nous avons dit de l’époque de sa naissance, et en se rappelant qu’il commença son ministère à l’âge d’environ trente ans, il serait mort à l’âge de trente-deux ou trente-trois ans, et vers l’an 28 ou 29 de l’ère chrétienne. Les termes extrêmes sont l’an 781 et l’an 783 de Rome, quoique plusieurs pères de l’Église le fassent mourir à un âge beaucoup plus avancé, quarante ou cinquante ans, et ne lui donnent en outre qu’une carrière publique de huit à dix mois, d’un an au plus, Winer, Realw.
8. Calme et tranquille dans la pacifique révolution qu’il apporte au monde, Jésus ne veut pas démolir le judaïsme avant d’avoir établi le christianisme. Il continue d’observer lui-même les prescriptions de la loi, et s’il les maintient dans toute leur sévérité, en opposition à la lâche tolérance des prêtres d’alors, c’est peut-être pour constater une dernière fois qu’il est impossible à l’homme d’être sauvé par les œuvres. En observant la loi il en détermine l’esprit.
Il fait du bien à tous, aux païens comme aux Juifs, au centenier de Capernaüm, à la syrophénicienne, comme à Jaïrus, le chef de la synagogue ; il supporte les intolérants Samaritains, et les protège contre l’intolérance de ses disciples ; il ne craint pas de s’entretenir publiquement avec une femme de cette nation détestée des Juifs. Peu soucieux de l’opinion publique, et la bravant, il s’établit en Galilée, et choisit ses amis et ses disciples parmi les humbles et méprisés Galiléens, protestant ainsi de diverses manières contre les préjugés de l’orgueil humain, de l’orgueil national, de l’orgueil hiérarchique, et de l’orgueil personnel. Il pardonne aux pécheurs, il est l’ami des pauvres, des péagers, des gens de mauvaise vie ; il habite avec eux, et les reprend avec douceur, les relevant au lieu de les abaisser. Il semble n’avoir de paroles sévères que pour les grands de ce monde et les dignitaires du temple ; Hérode est un renard, les prêtres et tout ce qui est à leur dévotion, une race de vipères. On le voit pleurer avec ceux qui pleurent, avec la veuve de Naïn, avec la famille de Lazare. L’amour est le fond de son caractère ; il embrasse tout, il supporte tout ; il aime tout ce qui a un cœur d’homme, il aime surtout les faibles et les chétifs ; c’est aux pauvres que l’Évangile est annoncé ; il représente l’humanité dans le sens le plus large ; il prêche la fraternité universelle.
On ne doit donc pas s’étonner de voir son nom devenir si populaire, de son vivant encore, et servir aux générations de dix-huit siècles, comme un symbole de ce qu’il y a de plus divin dans l’humanité. Là même où l’Église l’a méconnu, le peuple l’a reconnu et revendiqué, souvent mal à propos et dans l’ignorance, mais cette ignorance est la faute de ceux qui ne l’ont pas compris eux-mêmes, lorsqu’ils étaient chargés de l’expliquer. Aux jours de Jésus le peuple attendait le libérateur d’Israël, mais un libérateur terrestre ; et dans tous les temps Jésus a été considéré par les peuples comme le représentant d’un libéralisme politique ; c’est une erreur qu’il faut imputer avant tout à ceux qui ont voulu faire du christianisme un moyen de régner, et qui n’ont pas voulu comprendre que son règne n’est pas de ce monde. — Bastie, Démocratie et Religion, page 29.
9. Les ouvrages les plus importants à consulter sont, outre les commentaires : Hess, Vie de Jésus, écrite surtout en vue de l’édification ; Neander, Vie de Jésus, écrite davantage au point de vue scientifique et dogmatique ; divers fragments de Herder, Œuvres mêlées, et la plupart des voyages en Palestine. En français nous n’avons presque rien ; aucune vie de Jésus proprement dite ; quelques travaux spéciaux seulement, et limités dans leur but ; quelques traductions de l’allemand, Sander, Olshausen ; puis, sur Bonnet, Oraison dominicale, Pasteur Bridel, Discours de Lausanne, et J. Martin, Conférences de Genève ; Bonnet, La Famille de Béthanie ; quelques travaux dogmatiques de Malan, Gaussen, Roussel ; sur son Procès, l’ouvrage de M. Dupin ; sur sa Passion, un grand nombre de discours de Saurin, Ad. Monod, H. Monod, Grandpierre, et de recueils, parmi lesquels nous citerons Francillon, Galland, Dardier, les Homélies du R. P. Innocent, traduites du russe par A. de Stourdza, les Conférences de J. Martin, etc. Nous rappelons aussi pour mémoire l’ouvrage fabuleux du docteur Strauss, et les nombreuses réfutations dont il a été l’objet.
10. On ne possède aucune donnée authentique sur la figure et la taille du Christ ; les représentations et portraits les plus anciens qu’on en a faits, n’ont aucune valeur historique : ainsi, la statue d’airain que lui érigea, dit-on, à Panéas (Césarée), l’hémorroïsse qu’il avait guérie, monument qui fut détruit par ordre de l’empereur Julien ; ainsi, le portrait que Jésus aurait lui-même envoyé à Abgare, roi d’Édesse ; ainsi, le saint mouchoir qui aurait servi à essuyer sa sueur, et aurait reçu miraculeusement l’empreinte de sa figure (le même qui a dernièrement pâli à Rome, et dont les yeux ont lancé des éclairs d’indignation à propos de la ruine commencée de la papauté) ; ainsi, les portraits que Luc aurait faits de Jésus, de Marie et de plusieurs apôtres ; ainsi encore, la description qu’en a donnée un employé romain, Publius Lentulus, et dont les textes varient considérablement : « Capillos vero circinos et crispos,… barbam habens copiosam et rubram,… bifurcatam, etc. » Ce que l’on peut dire, c’est que, selon toute probabilité, Jésus n’avait pas de défauts corporels, qu’il n’avait rien non plus de bien saillant dans son extérieur, puisque Marie l’a pu prendre d’abord pour le jardinier, que les disciples d’Emmaüs, et une autre fois les apôtres, au bord du lac de Tibériade, sont restés quelques moments avant de le reconnaître. Sa physionomie devait refléter la grandeur de son âme, et cet amour de l’humanité qui était le fond de son caractère et le mobile de sa mission ; il devait enfin porter l’empreinte de la souffrance. Son regard et sa voix paraissent avoir eu quelque chose de particulièrement puissant. Quelques pères, Clément d’Alexandrie, Origène, ont cru, mais à tort, pouvoir conclure (Es 53.2) que l’extérieur du Seigneur était méprisable et repoussant, mais ce verset se rapporte plutôt à sa mission et à sa condition qu’à son corps et à sa figure. — On peut voir dans Calvin quelques détails de plus sur ce sujet, et la nomenclature des reliques nombreuses qu’on prétend avoir conservées de Jésus, depuis le jour de sa naissance et de sa circoncision jusqu’au jour, de son ascension.
11. Comme essai d’une harmonie des Évangiles, et en réservant ce que nous avons dit sur la difficulté et l’incertitude d’un travail de ce genre nous présentons ici le tableau synoptique du professeur Edward Robinson, de New York, en suivant ses divisions et subdivisions, qui diffèrent à quelques égards de celles de la Concordance.
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About Dictionnaire de la Bible ou concordance raisonnée des Saintes ÉcrituresLa plupart des travaux de M. BOST de 1849 sont encore utiles aujourd’hui pour étudier la Bible. Les Éditions Clé ne sont pas nécessairement d’accord avec toutes les interprétations et toute la théologie de Bost. Cependant, nous sommes convaincus de la valeur générale de l’ouvrage de Bost et nous prions pour qu’il aide l’étudiant sérieux à mieux comprendre et à mieux appliquer les choses profondes de Dieu que nous révèle la Bible. Certaines observations (comparaison avec le franc, statistiques…) ne sont plus d’actualité. Elles permettent de se faire une idée de la compréhension des écritures à cette époque de la rédaction du dictionnaire. Nous avons retiré quelques remarques qui n’étaient pas choquantes dans le contexte de l’époque mais qui pourraient l’être aujourd’hui. Nous avons modernisé parfois le vocabulaire et les conjugaisons des verbes, fusionné les suppléments et aussi amélioré la présentation du texte et des références bibliques. |
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